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         Il était une fois, un soldat qui rentrait chez lui. La guerre était perdue, ses godillots tout décousus et ses pieds meurtris par les cailloux.

L’estomac vide, il marchait à travers la campagne.

         Ainsi commence l’histoire de…LA SOUPE AU CAILLLOU.

 

         Exténué, il frappa à la porte d’une ferme. Une vieille avare vint lui ouvrir.

Il lui demanda une assiettée de soupe, un quignon de pain, ou ce qu’elle aurait la bonté de lui donner…Mais la vieille lui cria :

« Tu n’as qu’à faire comme moi, quand j’ai faim, je mange des cailloux, il y en a plein le chemin !… »

         Le soldat ramassa un caillou et dit :

« Je ne demande que cela, tu me laisseras bien préparer celui-ci dans une de tes marmites. Je m’en vais faire une soupe au caillou dont tu me donneras des nouvelles… »

         La vieille, bien surprise d’une pareille réponse, mais trop curieuse et gourmande pour refuser, le fit entrer. Le soldat s’installa près de l’âtre, remplit la marmite d’eau et y plongea le caillou sous les yeux de la vieille étonnée.

         L’eau se mit bien vite à bouillir. En bon cuisinier, il surveillait, goûtait, touillait. Il dit enfin :

« Un régal grand-mère, il n’y manquerait qu’une pincée de sel… »

« Si ce n’est que ça, j’ai bien un peu de sel » grommela –t-elle .

         Elle fouilla dans son buffet et en sortit le pot à sel. Le soldat-cuisinier en jeta une poignée dans l’eau et déclara :

« J’ai eu le nez en choisissant ce caillou, c’est la meilleure soupe au caillou que j’ai jamais cuisinée. J’y aurais bien rajouté un peu d’orge, mais puisqu’il n’y en a pas.. »

« Ma foi, si ce n’est que de l’orge, cela peut se trouver... »

         Peu après, elle revint avec une livre d’orge. Le soldat en versa une bonne moitié dans la soupe, et dès qu’il eut gonflé, s’exclama :

« C’est une merveille grand-mère ! » Puis il ajouta comme pour lui-même :

« Dans des jours meilleurs, nous aurions pu y ajouter du beurre… »

« Oh ! Mais j’en ai bien un peu du beurre, pour qui me prenez-vous ? »

         Elle n’avait pas terminé sa phrase qu’elle en ramenait un beau morceau que le soldat plongea immédiatement dans la marmite.

« Ah ! Ça me rappelle mon chez-moi… » soupira-t-il, « Si j’ai bon souvenir, ma mère y ajouta quelques œufs, mais ça, c’était avant la guerre ! »

« Bah !Si ça ne tient qu’à un œuf… ».

Déjà, elle s’en revenait avec une demi-douzaine d’œufs qui finirent dans la marmite.

         Le soldat goûta et, les yeux au ciel, déclara :

« Un délice ! Il est sûr qu’avec un peu de crème, elle serait plus onctueuse, mais… »

« Y’a pas d’mais ! » coupa la vielle qui avait déjà rapporté un pichet de crème.

L’étrange préparation exhalait à présent un parfum délicieux !

         Le soldat ajouta cependant : 

« Suis-je étourdi ! J’ai mis de la crème, et je viens de m’en souvenir, dans cette recette, il ne faut jamais mettre de crème si l’on a pas de sucre… »

« Y a pas d’malheur », dit la vieille, qui voyait déjà la soupe gâtée, « J’ai aussi du sucre ». Et elle tira d e derrière le buffet un pot rempli de sucre dans lequel le soldat puisa une bonne cuillerée.

         La soupe sera bientôt prête : quelques minutes à mijoter, prête à déguster. Le soldat se félicitait du tour qu’il avait joué à la vieille. Celle-ci, prétextant une besogne, sortit de la cuisine.

         Le soldat jeta alors un regard gourmand sur le buffet qui trônait au milieu de la pièce. Il mourrait d’envie d’aller y fourrer son nez. N’y tenant plus, il s’en approche sans bruit, l’entrebâilla… Sous ses yeux envieux, luisait un épais morceau de lard, bien gras. À le regarder, il en avait l’eau à la bouche. N’écoutant que son estomac, le soldat l’engloutit et, repu, s’en retourna à sa marmite.

         Mais revenue dans la cuisine, la vieille alla inspecter le buffet.

« Ventredieu ! Ce vaurien ne l’emportera point au paradis ! » maugréa-t’elle !

« Holà soldat ! reprit-elle, t’aurais point vu mon chat rôder dans les parages ? »

« Ma foi non, grand-mère… »

« Cette satanée bestiole m’a chapardé un morceau de lard empoisonné que je gardais là pour crever les rats ! » poursuivit-elle en fixant du regard le soldat qui changeait de couleur.

« Bah ! A l’heure qu’il est, il doit être en train de crever sur le fumier » se contenta-t-elle d’ajouter.

         Affolé, le soldat se rua dehors, et l’estomac tout retourné, s’enfuit en hurlant à travers la campagne.

         Et c’est avec son chat que la vieille dégusta la fameuse soupe au caillou !

Racontée à la veillée Gourmandises du 11/12/09 par Cynthia 

 

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